La drépanocytose est un problème de santé publique dans les Antilles Françaises. Maladie héréditaire (anomalie du bras court du chromosome 11), la drépanocytose touche environ 10 % de la population noire, d’origine africaine, dans les 3 DOM d’Amérique.
La maladie n’a cependant pas de traduction clinique chez les sujets hétérozygotes dont le génotype est dit AS. Ces personnes ont un taux d’hémoglobine S allant de 45 à 55% à l’électrophorèse et ne font jamais de crise sauf dans des situations extrêmes, quasi expérimentales (grande hypoxie, froid intense, effort extrême).
Les hétérozygotes sont dits porteurs du trait drépanocytaire ; ils peuvent transmettre ce gêne à leur descendance.
Les sujets homozygotes (génotype SS) sont fréquemment de grands malades frappés par les complications ostéoarticulaires, spléniques, rénales etc. que vous connaissez. Il faut ajouter à cette catégorie les « panachages » avec d’autres hémoglobinopathies (SC notamment)
En plongée sous-marine nous devons, à mon sens, distinguer les sujets AS qui ne présentent pas de risque évident de complication, des sujets SS pour qui la pratique de tout sport est en principe contre-indiquée.
Dans l’activité plongée il faut en outre opposer la pratique du scaphandre et la plongée en apnée. Il serait prudent de déconseiller la pratique de l’apnée, surtout en eau froide, aux personnes présentant le « trait drépanocytaire ». Il est en effet théoriquement possible (apnées répétées avec récupération insuffisante et plongée en eau froide) de déclencher une falciformation et des crises vaso-occlusives par hypoxie.
Quant à la plongée en scaphandre je fais deux remarques :
1 - La ventilation d’air comprimés offre au plongeur des pressions partielles d’oxygène dans l’air alvéolaire supérieures à 0,2 bar. Cette hyperoxie protège contre les désordres rhéologiques dus à la présence de l’hémoglobine anormale. (le service de médecine hyperbare du CHU de Marseille traite les crises drépanocytaires au caisson).
2 - Le comportement du sang contenant une hémoglobine anormale vis à vis de la charge et surtout de la décharge en azote n’est pas connu. Comment va se faire la désaturation après une plongée profonde chez un sujet AS ?
Physiologiquement on peut craindre que la présence de globules rouges contenant de l’Hb S puisse aggraver l’enchaînement d’une maladie de décompression. Mais je ne connais aucune référence bibliographique traitant de la question (voilà un beau sujet de mémoire pour le DU de médecine hyperbare !).
En conclusion je vous livre ma position personnelle : à une personne porteuse du trait drépanocytaire je déconseillerais la pratique de l’apnée et de la chasse sous-marine mais j’autoriserais la plongée en scaphandre en restant dans la courbe de sécurité et en évitant les plongées successives, les efforts dans le courant et l’eau froide.